Après des années à rêver de Lotus Esprit S1, de Jensen Interceptor ou d’Aston Martin DBS 6 cylindres, c’est au volant d’une MG B GT qu’en mars 2010, je suis sorti de chez GT Spirit, spécialiste en voitures anciennes situé 10 km au nord de Lyon.
Abonné depuis des lustres à Classic Cars et autres Classic & Sportscar, j’avais du lire 400 essais de la B GT sans me douter une seconde que je m’en offrirais une. Mais celle-ci m’avait tapé dans l’oeil et j’avais tourné autour durant des mois, malgré son intérieur un peu usé, ‘dans son jus’, pour reprendre cette expression fourre-tout qui permet parfois de trouver du charme à des voitures particulièrement déglinguées. Modèle 73, cinq ans de moins que moi, carrosserie blanche impeccable, roues Rostyle, overdrive, 25 000 km au compteur parcourus par les deux propriétaires précédents, le premier de 73 à 78 et la deuxième, une dame d’Annecy, de 78 à 2010. Cette dernière avait laissé un historique riche et détaillé.
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Il apparut qu’à part changer les pneus et les balais d’essuies-glaces, la petite B GT n’avait rien demandé en 32 ans…
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Guère compétent en mécanique, j’avais donc trouvé la perle, une ancienne qui ne demandait pas d’entretien trop pointu. Affaire conclue.
J’oubliai bien vite l’intérieur, ‘dans son jus’ donc, les moquettes jadis beige et devenues grises, l’absence de banquette arrière et les plastiques usés. Les sièges Navy Blue étaient propres et je me contentai de commander chez Moss de nouveaux appuie-tête, de nouveaux pare-soleil, un pommeau de levier de vitesses en bois et de trouver de nouveaux tapis de sol sur Ebay. Le volant en bois sera pour plus tard.
Bien que la MG B GT ait fait preuve d’une fiabilité peu commune (en regard du peu d’entretien qu’elle demande), j’ai parcouru mes premières centaines de kilomètres avec cette petite angoisse dans le ventre, les oreilles dressées au moindre cliquetis nouveau, quelques sueurs froides dans les embouteillages, m’imaginant provoquer des bouchons monstrueux sur le périph’, anticipant les insultes et les coups de klaxons rageurs…
Il n’en fut jamais rien.
Bien sûr, quelques petits défauts demeurent, auxquels je me suis habitué au point que je ne pense même plus à les corriger. Ils font partie de son charme et font rire mes amis: En hiver, je roule avec les pieds bien chauffés par le moteur et le reste bien congelé. En été, toutes fenêtres ouvertes je me demande si je n’aurais pas mieux fait de choisir un cabriolet…
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La jauge est facétieuse, l’unique rétroviseur extérieur placé loin sur l’aile avant gauche est mortel, une portière ne ferme pas à clé et les longs trajets (dans les Landes notamment, 1300 kilomètres A/R) me laissent avec la silhouette d’un vieillard voûté…
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Mais quatre ans après, je regarde toujours en ville son reflet dans les vitrines des magasins, son joli design d' »Aston Martin du pauvre », comme on la qualifia jadis, et je ris tout seul au son rauque de son moteur, notamment dans les parkings sous-terrains et les tunnels. Et son vieil auto-radio à cassette est idéal pour ranger l’i-phone.
Une fois par an, la MG BGT se retrouve au milieu des Spitfire et autres TR3 du petit garage qui en assure l’entretien. Quelques meetings ici ou là avec d’autres anciennes, des allers-retours au travail (les meilleurs moments de la journée).
Quand je remonte dans ma Volvo C30 de tous les jours, la suédoise me semble être un véritable vaisseau spatial. Mais la vieille anglaise, dont je tapote affectueusement le tableau de bord après chaque ballade (je crois sincèrement qu’il faut parler aux voitures), reste de loin ma préférée, celle que j’emmènerai le plus loin possible. Tant que mon dos lui résiste…
[divider]A votre tour de nous présenter votre auto![/divider] 
